Clare Louise / folk éthéré, rêveur et envoutant / Brussels, Belgium / Gros coup de cœur La Murmure

Publié le par Redge La Murmure * Le Blog des Murmurien(nes) *

Présentée par une amie vivant à Bruxelle, Clare Louise chanteuse folk originaire de Normandie et vivant dans la capitale Belge m'a envoutée avec le titre La Vase.
Gros coup de coeur La Murmure. Redge

Clare Louise sort son vinyle «Silence / La Vase» venant de paraître, ainsi qu’un nouveau répertoire en français dans le texte, dans une nouvelle formule quatuor avec choeurs et guitare/basse.

C’est dans les pubs bretons puis irlandais que Clare Louise élève la voix et se fait entendre pour les premières fois. Un répertoire délicat se dessine sur les cordes de sa guitare folk. Héritière de Sibylle Baier, Joni Mitchell, Vashti Bunyan ou Karen Dalton, la jeune femme embrasse des mélodies aux charmes éternels.

Le hasard des rencontres amène ensuite Clare Louise sur le pavé bruxellois où elle signe son premier album («Castles in the Air» 2011). L’effort se poursuit en 2014 avec «Balloons», disque millimétré et ultra sophistiqué réalisé avec ses compagnons de musique bruxellois. Puis un besoin d’ailleurs et de nouveaux moyens d’explorer ses émotions se profilent à l’horizon.

Par voies naturelles, sans artifice ni préméditation, la langue française se révèle au cœur d’une ritournelle inespérée. «Silence» est de ces morceaux qui laissent sans voix, béat. Aux confins du folklore anglo-saxon et d’un futur francophile à fredonner au présent, Clare Louise s’exhibe telle qu’elle est.

Avec «La Vase», la démarche se précise. Loin des processus collectifs d’autrefois, le chant s’aventure en solitaire pour emporter quelques mélopées éthérées au large des sentiments. Mises en son par l’ami Laurent Delforge, alias Squeaky Lobster, ces deux chansons se glissent aujourd’hui sous les contours d’une pochette esquissée par l’artiste Cécile Barraud de Lagerie.

Objet soigné avec passion et détermination, le premier 45 tours de Clare Louise inscrit ses microsillons dans une manœuvre intuitive, totalement désintéressée. Suite logique d’un véritable parcours initiatique, ce disque marque une émancipation, un nouveau départ.

 

Certains artistes donnent l’envie de les suivre dès l’instant où on les croise. Car on devine que ce sont eux qui, bientôt, nous accompagneront. En ce sens, les chansons de Clare Louise sont

d’authentiques « ballades ». Mais son folk éthéré, rêveur et envoutant sait pourtant s’écarter des sentiers battus pour arpenter les voi(es/x) aériennes. On a pu entendre, en effet, le timbre si singulier de cette jeune bruxelloise d’adoption virevolter, avec une aisance égale, sur les six cordes de sa seule guitare (Bare Tales, EP solo sorti en 2012) ou au fil d’arabesques musicales orchestrées par ses compagnons de toujours : le guitariste Cédric Van Caillie et la violoncelliste Charlotte Danhier, récemment rejoints par le batteur Franck Baya. C’est avec leur aide que furent ainsi tracés, en 2011, les plans de Castles in the air. Un premier opus remarqué, à propos duquel on mentionna les noms de Karen Dalton et d’Alela Diane. Balloons marque le retour attendu de cette formation en quatuor.

Des « châteaux dans le ciel » assurément, mais d’une architecture ingénieuse et simple, propre aux cabanes d’enfants où se nichent les contes, tels sont encore ces « ballons » dont nous parle Clare Louise dans ce nouvel album. Malgré des arrangements plus étoffés, aux sonorités parfois matinées d’électroniques, ces compositions se présentent comme autant de bulles d’hélium multicolores autour desquelles Boris Gronemberger (V.O., Girls in Hawaii) insuffla des dynamiques, des ambiances : une atmosphère leur permettant, plus légères que l’air, de prendre leur envol. “I’ll have to learn this new geometry” chante Clare Louise sur I don’t know this place, ou comment tracer de nouvelles lignes pour mettre en perspective l’espace qui s’ouvre alors. 

De ces lignes mélodiques, ses fidèles acolytes en ont à nouveau dessiné quelques-unes, puis les ont entremêlées au songwriting solitaire de la demoiselle. Si, pour cet album, l’entourage de Clare Louise est bel et bien à géométrie variable (on y croise, au gré des morceaux, le violon de Jean-François Durdu ainsi que les cuivres de Jean-Paul Estiévenart et de Jean-Pol Danhier), celle-ci procède encore et toujours d’un cercle élargi. C’est en effet dans le huis clos d’une maison-studio, au beau milieu du parc de Woluwé, que Balloons, en deux semaines de travail collectif et de vie en commun, fut enregistré et mixé par Géraldine Capart (Miossec, Nosfell et Dominique A).

Balloons est à la fois léger et mélancolique. Il aborde la thématique de la séparation avec ce renoncement résolu qui anime l’enfant desserrant lentement les doigts, afin de sentir le plus longtemps possible la cordelette glisser sur sa paume. Un sentiment de lâcher-prise qui n’est pas un abandon : on ne peut retenir certaines choses indéfiniment, il faut parfois accepter de les laisser s’échapper. Et l’éloignement nous délivre alors une dernière fois leur beauté. En cela, « hélium » descend assurément du grec Helios (le soleil) avant d’y retourner. “I touch the sun, I hit the ground, I touch the sun”. Both Moods : lorsque le cœur balance, le corps est bercé par le doute. Tempête sous un crâne qui fait danser les ballons avec des spectres. Alors, ne sachant plus dormir de ce sommeil non partagé où l’on ne reconnaît plus ses rêves, Clare Louise se construit une cabane sous les draps, pour être ici et quand même ailleurs.

Where I come from ? Somewhere else. Plusieurs chansons remémorent ces lieux qui nous habitent dès lors qu’on ne les habite plus. Et les ballons, lâchés au gré du vent, sont comme des messagers dont on espère qu’ils sauront en retrouver l’« impossible route » ; que de là-bas, peut-être, quelqu’un nous réponde. C’est ce qui résonne en nous lorsque s’élève la voix de Clare Louise : l’appel du Sweet blue. Ce point de fuite qui, pourtant, ne ramène qu’à soi.

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